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Pourquoi Hollande mérite le prix Nobel de l’économie

vendredi 30 août 2013 Maule21

Pourquoi Hollande mérite le prix Nobel de l’économie

Le prix de la formule de l’année devrait revenir à cet intervenant sur BFM Business qui estimait récemment que François Hollande mériterait le prix Nobel d’économie pour avoir démontré la validité pratique de la courbe de Laffer. Comme chacun devrait savoir, cette création contestée de l’économiste américain libéral Arthur Laffer, chantre de l’économie de l’offre, est un habillage scientifique de l’adage populaire « Trop d’impôt tue l’impôt ».

Mesure fiscale après mesure fiscale, l’opérateur politique corrézien qui croit présider aux destinées de la France s’applique à donner raison à Laffer. En dépit d’une hausse nominale de plus de trente milliards d’euro des prélèvements liés aux « grands impôts » directs (IR, IS, ISF, en attendant la TVA), les recettes fiscales du pays s’effondrent. Le manque à gagner est évalué au bas mot à dix milliards d’euros pour 2013. C’est le résultat, vous dira-t-on, d’une conjoncture plus déprimée que prévue dans les attentes initiales fantaisistes du gouvernement. Mais cette conjoncture n’est-elle pas elle même le résultat de l’aventurisme fiscal des princes qui nous gouverne ? Auquel cas François Hollande mériterait le « Prix de la Banque royale de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel » (c’est le vrai nom de la breloque) à un deuxième titre, pour avoir également valider les « équivalences ricardiennes ». Mécanisme qui veut que les agents économiques, anticipant les hausses d’impôt qu’imposera inévitablement la gestion irresponsable des finances publiques, restreignent la consommation et l’investissement au profit de l’épargne de précaution.

Autre exemple : la modification défavorable du forfait fiscal sur les emplois à domicile a eu un effet immédiat exactement contraire à celui attendu par les Diafoirus de Bercy. Les ménages des classes moyennes ciblés ont réduit le nombre d’heures travaillées par leurs employés ou payent désormais sous la table une partie de la rémunération auparavant intégralement déclarée. Qui est le perdant ?

Mais comme il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, la Hollandie vient d’en remettre une couche avec les droits de mutation sur les biens immobiliers.

Fidèles au Sapeur Camembert, manifestement le véritable inspirateur de leur « stratégie » fiscale, les gouvernants « socialistes » prévoient (dans le budget 2014) d’autoriser les départements à augmenter de 3,8 à 4,5% le taux maximum du prélèvement qui leur revient à chaque fois qu’un ménage ou une entreprise acquiert un bien immobilier. Il s’agit, cyniquement, de compenser à peu près le milliard et demi d’euros dont l’Etat central veut priver les collectivités territoriales dans le cadre de son propre « programme d’économies ». Un effort de rigueur « sans précédent », clame la propagande gouvernementale. Qu’on en juge : 1,5 milliard de réduction (annoncée) en 2014 sur une enveloppe de...400 milliards. On est tenu d’applaudir !

Passons sur le mépris à l’égard du « peuple le plus intelligent de la terre » dont témoignent ces acrobaties comptables. On vous prendrez pour des imbéciles qu’on ne pourrait pas mieux vous le faire savoir. Passons aussi sur le fait que le département, élément le plus discutable du mille feuille administratif français unique en Europe, est un échelon dont la suppression est à la fois urgente...et impossible. Parti d’élus sans militants, le PS français ne va pas heurter sa « base » résiduelle à la veille d’années électorales successives (municipales, européennes, régionales). Pas question de rationner les clientèles qui s’abreuvent aux mamelles du mammouth. Passons encore sur le fait que ces « droits de mutation », dénomination destinée à masquer que les neuf dixièmes sont des prélèvements fiscaux, figurent déjà parmi les plus élevés en Europe (plus de 5%) et constituent un obstacle bien identifié à la fluidité du marché immobilier et à la mobilité de la main d’oeuvre.

Surtout, la hausse des droits de mutation, payés intégralement par l’acheteur, est une mesure antisociale qui va frapper avant tout les jeunes primo accédants. Pour lesquels une surcharge de 1.400 euros sur un achat de 200.000 euros, c’est plus que l’épaisseur du trait. Ne serait-ce que parce que le crédit bancaire ne finance pas cette dépense. Qu’est-ce que serait si « moi Président » n’avait pas mis la jeunesse au coeur de ses engagements électoraux ?

Il paraît que chez les socialistes français, François Hollande était le spécialiste reconnu de la fiscalité. Quel dommage que sa marotte n’ait pas été plutôt, au hasard, la sécurité ferroviaire ou la culture du tournesol.

Philippe Riès | mediapart 25/07/2013

Philippe Riès est un ancien chef du Département économique de l’Agence France-Presse, puis directeur des bureaux de l’AFP à Tokyo et Bruxelles. Il est chroniqueur économique pour Mediapart.fr


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